Double Six

Une table, quatre personnages, un sac, une pomme, des dominos

2024, Gonneville-la-Mallet


Double Six tend son miroir aux curieux, aux passants, la sculpture ne règne pas depuis un socle de pierre, elle s’installe au ras du sol, parmi nous. (…) La sculpture créée par Cécile Raynal, (…) nous invite à nous souvenir sans regretter, à honorer la tradition sans oublier l’avenir, en entamant une nouvelle partie de dominos qui jette un pont entre passé et futur.
J’imagine aussi les mains des visiteurs, marcheurs, touristes ou estivants, surpris peut- être de trouver au cœur d’un village agricole un travail d’une si grave fantaisie, d’une si joyeuse exigence. »

— Agnès Desarthe, extrait de la préface de l’ouvrage Double Six


Ma première venue à Gonneville date des toutes premières années de ma vie en Normandie, autour de 1995. J’y étais accompagnée d’un ami cinéaste/jardinier, originaire du pays de Caux. C’était un mercredi, jour de marché. Nous sommes entrés dans l’auberge des vieux-plats, vieil établissement cossu et mythique, aux heures glorieuses, où voyageurs, écrivains et artistes se croisèrent tout au long des XVIIIe et XIXe siècles.
Ce jour là, la grande salle bruissait d’une étrange animation, mêlant personnes du cru et touristes bohèmes, la plupart jouant aux dominos. Déjà âgée, la patronne des lieux, souriante et raide, coquettement vêtue et solidement maquillée, encaissait les clients derrière le grand comptoir central. Deux femmes, elles aussi âgées, s’activaient au service autour des tables. Je me souviens avoir pensé à l’auberge du Château de Kafka en ce lieu qui flottait hors du temps. 

Près de trente ans plus tard, ce sont la mémoire de cette scène et la vision des joueurs de dominos qui se sont imposées comme point de départ d’une œuvre pour la place du village. 

— Cécile Raynal